Comme je vous l'avez promis, après l'article sur la vision de la mere, voici la vision de l'orthophoniste ( ma cousine en l'occurence), bientot aussi la vision de la prof ( bea si le sousentendu est pas assez fort, pause ton bébé dans un coin, est bosse !)

 


 

 

Ça y est, je m’y mets enfin, après un bon coup de pied aux fesses ! la elle fait allusion à mon harcelement !!!

Par quoi commencer, le sujet est vaste, délicat, ne pas trop faire médical mais donner les informations, rassurantes si possible afin de ne pas alarmer toute la blogosphère !

 

 

 

Une petite définition pour commencer peut-être !

 

 

 

 

 

 

La dyslexie est un trouble spécifique et durable de la lecture, chez un enfant qui présente un retard d’au moins 18 mois par rapport à sa classe d’âge, et ceci en ayant éliminé d’éventuels problèmes intellectuels, auditifs, visuels, psychologiques, environnementaux graves. La dysorthographie est ce même trouble mais cette fois-ci portant sur l’orthographe. Le plus souvent ces 2 troubles sont liés.

 

 

 

Il serait donc abusif de parler de dyslexie et/ou de dysorthographie chez un enfant n’ayant pas, ou à peine, commencé à apprendre à lire ou à écrire.

Certains enfants, dès le 1er trimestre de CP sauront lire pratiquement tous les mots, d’autres y parviendront un peu plus tard.

 

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Les causes de la dyslexie sont encore vagues, trop pour répondre aux demandes des intéressés, mais la recherche avance, fait son chemin… On a cependant souvent constaté qu’un enfant dyslexique avait quelque part dans sa famille des personnes ayant des difficultés de langage oral et/ou écrit. MAIS ceci n’est pas une fatalité (j’en comprends cependant les inquiétudes, peur de voir son enfant avoir le même parcours si difficile à l’école, devoir se battre chaque année avec les professeurs pour que les difficultés soient prises en compte, etc…)

 

 

 

Il y a différents paramètres entrant en compte dans l’apprentissage de l’écrit :

 

 

 

            Le langage oral (savoir articuler les sons de la langue correctement, produire des phrases syntaxiquement correctes)

 

La conscience phonologique : savoir repérer dans un mot, un son ou ensemble de sons (jeu des rimes par exemple)

 

Le traitement visuel (pouvoir comparer des séries de dessins, analyser les signes présentés)

 

La mémoire (hé oui Maman V&TDJ ! mais j’y reviendrai plus tard !!)

 

Le repérage spatio-temporel (comprendre les notions d’avant-après, repérer la droite et la gauche)

 

Parfois, ces compétences ne sont pas bien mises en place, pas suffisamment maîtrisées à l’abord de la lecture et peuvent entraînées des difficultés à l’apprentissage de la lecture. Parfois elles seront temporaires, parfois plus durables (ce qui fait d’ailleurs toute la différence entre une difficulté de l’apprentissage de l’écrit et la dyslexie).

 

La lecture, comment ça marche ?

 

Deux possibilités s’offrent à nous, lecteurs « experts » :

 

 

 

La voie phonologique : il s’agit d’associer les unes aux autres les lettres afin de parvenir à la lecture du mot entier (c’est le bé et a, ba). Adultes, nous utilisons cette voie de lecture pour les mots nouveaux, les mots étrangers, les noms de famille russes !!

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La voie d’adressage : il s’agit de la reconnaissance globale d’un mot, mémorisé lors de nos lectures antérieures. C’est la voie de lecture que nous utilisons le plus, qui nous permet de lire rapidement ; c’est également elle qui nous permet de lire les mots irréguliers (monsieur, oignon), il est enregistré dans la mémoire, la voie phonologique ne nous permettrait pas de le lire.

 

Essayez d’analyser lors de votre prochaine pause-lecture votre façon de lire et vous comprendrez tout de suite comment marchent ces mécanismes !

 

 

 

Voie phonologie : analyse visuelle fragmentée à conversion graphème-phonème (lettre-son) à mémorisation à court terme des mots

Voie d’adressage : analyse visuelle globale à traitement lexical à mémorisation à long terme des mots.

 

Ces deux voies sont indispensables pour devenir un bon lecteur. Lorsque les difficultés surviennent, ces deux mécanismes peuvent être « défaillants ».

 

 

 

Concrètement (et pour faire court, j’ai l’impression que cela va faire un long pavé indigeste…)

Lorsque la voie phonologique n’est pas efficiente :

- des confusions de sons auditives (f/v, p/b, t/d, ch/j…)

--> mauvais traitement auditif

- des inversions de sons (cra/car, il/li, an/na, ain/ian…)

--> mauvais traitement de la chaîne chronologique des sons

- des erreurs de lecture:

lorsque l’enfant ne connaît pas le mot, il essaye de le rapprocher d’un mot qu’il connaît (toir sera lu troi par exemple).

            Lorsque la voie d’adressage est déficiente :

 

- des confusions visuelles (m/n, p/q, f/t, ou/on…)

-->mauvais traitement visuel

- des régularisations de mots (comme je le disais tout à l’heure, monsieur va être lu littéralement, chœur, femme…)

 

 

 

Toutes ces erreurs seront les mêmes pour la dysorthographie, mais cette fois-ci au niveau des productions écrites de l’enfant.

Parfois seul un type d’erreur est présent, parfois plusieurs sont associés.

 

L’enfant en cours d’apprentissage de la lecture et de l’écriture peut passer par des phases de confusions de sons, d’inversions, d’erreurs de lecture…il ne faut pas s’alarmer dès qu’on repère une erreur, rester vigilant certes mais le plus souvent ces difficultés sont passagères. Et au moindre doute, parlez-en à l’enseignant, à votre médecin, prenez rendez-vous chez un orthophoniste si cela vous inquiète de trop, il vaut mieux consulter et être serein après que de rester avec ses peurs, ses angoisses (que l’enfant ressentira bien évidemment !!).

 

De ces difficultés vont résulter d’autres signes :

 

- une lenteur à la lecture et l’écriture

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(imaginez-vous en train de lire du russe…pas très rapide comme lecture non ?! c’est exactement ce qu’il se passe dans la tête d’un enfant dyslexique…)

Petit exemple, enfin c’est ce que j’imagine quand je vois mes patients lire :

pour lire voiture alors déjà il faut identifier correctement les lettres (on va dire que cette étape est ok)

vé et o, vo, i et té euh c’est pas possible ça, qu’est ce que ça pourrait faire…alors donc on a dit té et i ah oui ! ti, ère et e, re ah zut je ne me souviens plus du début du mot…alors on recommence…

 

- des difficultés pour la copie

 

(exercice très difficile, lire le mot prend du temps, donc on regarde chaque lettre pour la réécrire dans le cahier, mais en cours de route le t s’est transformé en d…et cela prend, forcément beaucoup de temps, on a à peine commencé que les autres ont terminé depuis longtemps…).

 

- des difficultés de compréhension

 

ben oui, il faut déjà lire tous les mots un à un alors comme ci-dessus, alors après voir si ce mot veut dire quelque chose, et quoi et quel est le rapport avec celui d’avant, et avec ce lui d’après, le cerveau n’arrive pas à traiter toutes les informations en même temps.

 

- des difficultés de mémorisation

 

l’accès au sens étant difficile, vous avez déjà essayé d’apprendre quelque chose que vous ne compreniez pas ?

Bon courage…

 

-le dégout

avec le temps, parfois on baisse les bras, parfois arrive un dégoût de la lecture, parfois on en a marre d’aller chez l’orthophoniste alors que d’autres vont jouer au foot ou courir dans le jardin…

 

La clé de la réussite, pour ma part, et ce pour tous, dyslexiques, dysorthographiques, pas-dys, c’est de garder le PLAISIR DE LIRE !

 

Lire, ce n’est pas lire en 2 jours le dernier  de 810 pages (très indigeste en si peu de temps, je vous le déconseille fortement !), mais prendre du plaisir à découvrir la règle du jeu au dos des paquets de céréales, lire le dernier article de 6 lignes sur les dernières folies de Britn*y Spe*rs parce que ça plaît à votre aînée, lire ensemble le soir une histoire, 10 lignes pour vous,  2 pour votre enfant, choisir ensemble le programme télé du dimanche après-midi et si l’envie lui prend pour quoi pas un livre carrément ! Il aime les bandes dessinées ? Tant mieux ! Il garde le contact avec ce cher papier !


Bravo à Anne-So et sa maman pour ce courage déployé pour aller au-delà des difficultés, des préjugés ; c’est pesant, décourageant, parfois énervant. Le chemin est dur, semé d’embûches mais le jeu en vaut vraiment la chandelle. Les professionnels se forment de plus en plus, l’Education Nationale nous semble toujours être le boulet de l’histoire mais on avance vers cette prise en compte des difficultés, au fur et à mesure, en en parlant justement, en témoignant, et en dialoguant.

 

 

 

Et enfin, pour finir (y en aura toujours à dire !), spécial pour Mme Maman V&TDJ, la mémoire !

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La mémoire, la mémoire, non les mémoires ! il y a la mémoire visuelle, la mémoire auditive, la mémoire à court terme, la mémoire à long terme, la mémoire de travail…

Ce qu’il faut retenir en fait de la mémoire, c’est qu’elle est très importante quel que soit le mode de lecture engagé.

Il faut pouvoir retenir le son de chaque son (c’est bête à dire en fait !) et repérer les différences qu’il peut avoir avec les sons voisins, se souvenir que à tel son correspond telle lettre (voire telles lettres), se souvenir des mots déjà lu pour ne pas avoir à tout re-déchiffrer à chaque fois, se souvenir du premier mot de la phrase puis du 2ème, du 3ème et ainsi de suite pour pouvoir comprendre la phrase, retenir les règles de grammaire puis quand on écrit les mettre en application…

 

Voilà pourquoi la mémoire est si importante, parce que quoi qu’on fasse, la mémoire intervient, et muscler sa mémoire c’est s’enlever une épine du pied lors des apprentissages. Je ne vous demanderai pas bien sûr de faire un mémory tous les soirs avant de vous coucher ! Bien qu' il est vrai que c’est un jeu que les orthophonistes adooooooooooorent ! Les difficultés des dyslexiques peuvent être dus, en partie à des difficultés de mémorisation (visuelle qui explique les confusions visuelles de sons, les erreurs de régularisation de mots par exemple).

 

Bon allez la der de der, il n’y a pas une dyslexie, mais DES dyslexies ; chaque enfant a ses particularités, comme les difficultés qu’il peut en découler.